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Elisa Jouannet

Equinoxe d'automne : les mouvements que nous sommes

24 sept.
3 min de lecture

Je suis souvent surprise de constater oh combien un élément qui semble simple peut parfois nous déclencher, comment une relation peut nous secouer ou nous bousculer. Comme si les milliards de cellules qui nous composent résonnaient toutes à l’unisson en écho à un mot, un geste, un silence peut-être.

L’impact que nous avons les un.es sur les autres est colossal.

Telle la masse d’eau balayée par le vent, nous réagissons, physiquement, sensoriellement à notre environnement.


Etymologiquement, le terme “émotion” vient du latin emotionem, de emotum, supin de emovere qui signifie “émouvoir” mais aussi “action de mouvoir, mouvement.”1 Nous sommes donc bougé.es par les ressentis et émotions qui nous traversent. Littéralement, le fait de sentir une émotion à l’intérieur soi donne naissance à un geste, à une corporalité dans l’espace (interne ou externe).

Quelle qualité de mouvement s’associe à la tristesse ? Quel rythme a la surprise ? Quels gestes découlent de la joie ?


Personnellement, l’espace où je ressens le plus d’émotion est l’espace relationnel. Avec mes proches, mes élèves, des inconnu.es, chaque échange me fait des effets miroir parfois si intenses que tout mon être semble être chamboulé, façonné, bougé par l’interaction.

C’est beau.

Et c’est fatigant aussi parfois.

Je viens d’une famille où les émotions sont soit tues, incomprises, mises de côté, soit rejetées, délaissées ou critiquées. L’intelligence émotionnelle n’était pas encore à la mode à cette époque, chacun.e fait ce qu’iel peut, mais je choisis de faire autrement. Je choisis d’apprendre à écouter, à observer ces modulations internes, ces vagues sensitives qui me bougent du dedans. Je choisis de créer de la souplesse, de l’espace pour les laisser circuler, autant que je le peux.

Parfois je me fait totalement emportée. Bien sûre, je reste humaine avant d’être professeure de yoga spécialisée en pratiques somatiques ou artiste. Bien sûre j’aspire à accueillir ce matériau vivant des émotions pour créer, transmettre et vivre au plus près de moi-même, mais parfois la vague est trop forte et je coule, dépassée.

D’autres fois, en revanche, je parviens à garder mon centre. Comme si j’avais un pied dans la tourmente et un autre bien attaché à la terre ferme, à ma conscience dans le moment. De là, comme installée sur la rive, je vois l’énergie s’enflammer ou se torde, se crisper ou se tendre, je vois le vide m’attirer ou les pleurs monter, et en même temps, je garde le cap. Je reste présente à moi-même, avec l’émotion qui est là.

Là, je fais du Yoga.

Je vous écris ces lignes en sachant que ces tourments et ces tornades émotionnelles, j’en ai vécu de nombreuses toujours plus intenses les unes que les autres. Jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Parce que mon système nerveux était habitué à des modèles relationnels parfois dysfonctionnels, en tout cas pas optimaux (et non, les parents et les professeurs d’école parfaits n’existent pas… nos modèles sont souvent à revoir… c’est la vie!), j’ai été happée dans une relation amoureuse longue de 8, 5 ans dans laquelle j’ai vécu les couleurs, les textures, les mouvements divers qu’une tempête relationnelle peut provoquer. J’ai vécu les manques de respect, la non prise de responsabilité, l’élan de sauver l’autre de ses addictions jusqu’à s’oublier soi, les conflits en pleurs à se demander si la folie me gagnait ou si j’étais légitime de poser une limite… La confusion. J’étais perdue, lessivée. J’ai traversé cette expérience pénible et douloureuse pour apprendre à me faire confiance, à écouter ma justesse, ma vérité, ma version de la réalité. J’ai appris ce que voulait dire ‘respect’, ‘responsabilité’ ou encore ‘collaborer ensemble pour évoluer’.

Je sais ce que je ne veux plus. Même si je n’ai pas toutes les clés pour aller là où je veux, je prends chaque jour conscience de mes qualités, de mes forces et de ma justesse. De mes imperfections aussi hein! et je prends ma responsabilité pour elles.

C’est pour cela aussi, que je transmets le Yoga. Pour permettre à toutes et à tous de sentir ce qui est vrai en soi, ce qui nous fait du bien ou pas, ce qui nous donne de la joie ou pas, la limite entre inconfort et douleur, la conscience de ses besoins et le courage de les verbaliser. Prendre soin de soi passe par là, je crois.

C’est un apprentissage et un processus non linéaire, les embuches et les tests de la vie se représentent parfois, à nous d’éveiller nos sens pour parvenir à les naviguer et rejoindre la rive.

Comme dans la méditation guidée que je vous ai proposé dans la dernière lettre : apprenons à faire de notre propre corps un refuge.


C'est peut-être l'apprentissage des saisonnalité : écouter ses rythmes, s'ancrer dans cette réalité d'appartenance qui nous constitue... aux nuances.


Belle traversée

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Photographies originales Bonzonino Production© 

ou d'Elisa Jouannet

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Elisa reconnaît les cultures traditionnelles, l'interdépendance inhérente au vivant,

et la légitimité qui circule en chaque être.

 

Tous les éléments sont un.

Tous les êtres reliés.

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Elisa Jouannet © 2026

ÉcoSomatiques | Artiste-chercheuse I Yoga inclusif

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