Questionner les monuments
- Elisa Jouannet

- 12 févr.
- 2 min de lecture
Lors de mon voyage au Québec en Octobre 2025, j'ai saisi l'occasion de rencontrer différents artistes exposé.es dans les Musées et dans des centres culturels locaux.
Le projet créatif d'Ivàn Agorte présenté lors de la Biennale Momenta au Musée d'Art contemporain de Montréal (Tiohtià:ke Mooniyaang) m'a frappé d'inventivité et de pertinence : à quels faits historiques et quelles visions/organisations sociales font référence les bâtiments mis en valeur dans nos villes ?
Dans cette exposition, Agorte rappelle que les obélisques, si nombreuses à Rome mais également trônant Place de la Concorde à Paris, ont été rapportées des pays colonisés par les envahisseurs européens. Symbole d'une domination des puissants, de l'homme blanc cisgenre qui prend possession des trésors et territoires des populations qu'il oppresse.
Pourquoi ces obélisques sont-elles encore admirées ? N'y voyons-nous que la beauté des détails sculptés en oubliant la culture d'origine et les processus historiques qui ont permis de la ramener ?

Ensuite, l'artiste imagine le déplacement d'une statue qui est au centre d'une controverse, et pour cause : Place Vauban, vous trouverez un buste de Joseph Gallieni, administrateur colonial et auteur d'un Rapport d'ensemble sur la pacification, l'organisation et la colonisation de Madagascar (octobre 1896 à mars 1899), il y expose son principe de la politique des races.
Décoré à plusieurs reprise tel un héro,
il est ici érigé fièrement, le socle de son corps sculpté est soutenu par quatre femmes, représentant chacune une ethnie associée aux pays colonisés par la France.
En quoi ce personnage historique est encore aujourd'hui digne d'être honoré ?
Il n'est pas question de rejeter l'Histoire en effaçant les traces des massacres commis, mais bien de questionner, de considérer les impacts encore palpables aujourd'hui, de regarder la vérité en face.
Les musées regorgent de trésors volés aux populations colonisées ou lors de batailles effroyables. Beaucoup de nos monuments ont été bâtis à la sueur d'esclaves volés à leurs familles, au prix de vies humaines et de culturels décimées ou assimilées.
Qu'attendons-nous pour remettre en question les hymnes, les jours fériés, les termes utilisés pour parler des colonisateurs, les bâtiments qui rendent nos cités si célèbres ?
Merci à l'artiste de m'éclairer, de m'inviter à investiguer davantage dans ma propre culture d'origine.
Pour aller plus loin : L'Élysée, le plus grand symbole à Paris du passé esclavagiste de la France | France Culture
Chaleureusement,
Elisa



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