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Elisa Jouannet

Cheminer en territoire non-cédés : Québec (octobre 2025)

6 oct.
4 min de lecture

Je découvre chaque jour de nouvelles informations et pensées sur l’Histoire de la colonisation et des traités biaisés qui ont mené les populations autochtones à être privées de leurs terres ancestrales, arrachées à leurs racines écologiques et culturelles, à leurs familles aussi.

Vers 1642, lorsque les colons français s’installent, ils envisageaient le Canada comme “la nouvelle France” ou encore une île vierge et vide où tout restait à construire. Pourtant, “sur l’île de Montréal même, les traces d’occupations les plus anciennes trouvées à ce jour remontent à environ 5000 ans.”1 Des échanges et du troc semblent d’abord avoir été instaurés entre colonisateurs et colonisés, mais les coutumes et rituels des populations locales ont rapidement été ostracisées, jugées de ‘sauvages’ ou de ‘peu civilisées’.

Qu’est-ce qu’une civilisation alors ?

Celle qui vit en relation directe avec son territoire ? Celle qui s’en approprie un et décide d’exterminer, raser, exploiter, polluer ?


“L’entreprise de déshumanisation des peuples autochtones a été menée pendant des siècles par l’expansion coloniale européenne (…). Les colons ont perpétué des massacres pour déposséder les peuples de leurs territoires.’’ - exposition de Kent Monkman au Musée des Beaux-Arts de Montréal. 2

Alors que les colons s’installaient en terres canadiennes, des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leurs familles et placés dans des orphelinats :

Les pensionnats autochtones, pensionnats indiens, ou écoles résidentielles, étaient une forme d’enseignement public en internat destiné aux Autochtones au Canada. Il s’agissait d’institutions destinées à scolariser, évangéliser et assimiler les enfants autochtones. Au cours du XXe siècle, le Département des Affaires Indiennes encouragea le développement des internats pour autochtones afin de favoriser leur assimilation3

La série “Little Bird”, disponible sur Arte.tv traite de ce sujet bouleversant dont les traces restent encore palpables aujourd’hui. Je vous la recommande.

Alors que je participais à un atelier de Danse improvisation au ProtoStudio, le facilitateur a prononcé le nom des populations ancestrales de Montréal, rappelant le privilège de pratiquer librement ici, sur un territoire pourtant non-cédé. Montréal était en réalité nommée Tiohtià:ke Mooniyaang par les Premières nations Mohawks of Kahnawá:ke. Un hommage et une volonté de garder en conscience les processus historiques nous ayant mené jusqu’ici.

Aujourd’hui encore, les traumatismes liés à l’Histoire de la colonisation au Canada se font profondément sentir au sein des peuples autochtones de toute génération ; certain.es vivent dans les réserves, d’autres en ville où l’inclusion reste difficile.

Pour aller plus loin, je vous invite à explorer la Carte interactive des profils des Premières Nations. Vous y trouverez la diversité des populations, leurs localités et les réserves actuellement habitées au Canada.


Personnellement, je peux sentir les polarités, les dualités en moi. Une partie se sent honorée de contempler ces paysages automnales, de savourer la chance et le privilège de pouvoir voyager. L’envie de profiter pleinement de mes journées, sans culpabiliser pour une Histoire à laquelle je n’ai pas participé mais dont les conséquences sont encore actuelles, prégnantes, et le choix que j’ai d’y contribuer ou non. Une autre part se rappelle que lorsque je grimpe en falaise, j’occupe un espace pour mon plaisir que d’autres espèces utilisent pour leur survie : je joue sur leur habitation… Constater que les chemins de randonnées, les aires aménagées sont conçues pour et par les Humain.es en tenant plus ou moins compte des écosystèmes premiers. Une troisième voix a l’élan de découvrir les artistes contemporains lors d’expositions ou performances pour rencontrer leurs perceptions, leurs intentions et leurs manières de relationner au monde. À ce monde fracturé entre présent et passé, à notre monde empli de nuances et de contradictions.


J’aimerais souligner aussi mon envie de décentrer le focus sur les Humain.es pour inclure toutes les autres espèces. Bien que je ressente la tristesse, la colère, la révolte quant aux massacres et injustices perpétuées depuis des siècles sur les populations autochtones, je sais aussi que la Terre n’appartient à personne.

Cet astre que nous appelons ‘notre planète’ est un lieu partagé, un environnement incluant de nombreuses formes de vie et réalités dont nous dépendons, avec lesquelles nous interagissons consciemment ou non. Est-ce que les eaux des rivières que nous polluons appartiennent davantage aux habitants Humain.es qu’aux poissons ? Est-ce que les forêts que nous coupons appartiennent davantage aux habitants Humain.es qu’aux oiseaux, aux arbres ? Est-ce que les terres et sous-sols appartiennent davantage aux Humain.es qui les cultivent qu’aux insectes et aux champignons qui y vivent ?

Et si notre rôle était de respecter, prendre soin, régénérer nos territoires pour nous inscrire dans une lignée de mutualité ? Pour nous et pour les autres vivants. Comme un devoir de partager équitablement les ressources et les espaces parce que nous n’avons pas d’autre choix que de les considérer, de coexister ?

Je crois qu’au fond, j’aimerais réensauvager l’Histoire de l’Humanité pour nous rappeler qu’elle ne peut pas être dissociée de l’Histoire biologique des autres vivants.

Nous sommes la Nature.

Alors je m’engage en faveur de l’équité, du respect de chaque individu et groupes d’individus de toute ethnie, sexe, orientation sexuelle, âge et mobilité confondus.

Je lutte en faveur de la justice sociale, économique, et historique. Mais je me bats aussi pour que chaque espèce et règne soit représenté dans nos luttes, au même titre que nos congénères Humain.es : une justice environnementale.

Ces terres que je chemine, ici au Québec, ne sont pas cédées et ne le seront jamais.

Non pas parce qu’elles appartiennent aujourd’hui légalement à un état qui s’est donné le droit de les occuper sans respecter les populations premières, non pas encore parce que toutes les visions et les rituels des autochtones méritent d’être perpétués sans les questionner (chaque culture porte en effet des biais, failles et contradictions à observer), mais bien parce que la notion d’appartenance n’est pas qu’administrative ou juridique : elle est inscrite dans nos gènes, dans nos patrimoines biologiques.

Nous appartenons à la Terre. Nous faisons partie de la communauté terrienne.

Nous sommes la biodiversité, la Vie.

Dans la joie et l’enthousiasme de vous transmettre mes pensées, ce processus d’apprentissage et de reconnaissance des récits qui marquent notre ère et nos relations au Monde. Je me sens empreinte d’Humilité et d’enthousiasme d’explorer davantage et de vous transmette mes découvertes.


Merci de votre lecture

Dans la prochaine lettre je vous informerai de l’atelier de novembre au studio d’Albi !

Chaleureusement,

Elisa

 
 
 

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