Paysages en mouvement : l'hiver, temps de jachère
- Elisa Jouannet

- 18 déc.
- 2 min de lecture
En agriculture, la jachère fait référence à une parcelle laissée au repos pour la laisser se régénérer avant d'être à nouveau cultivée à des fins de production (céréales, légumes).
Et si nous considérions pour un instant nos corps-esprit comme dans paysages ?
Finalement, que ce soit le sol, la Terre, un papillon ou un corps humain, tous les organismes ou ensembles d'organismes ont besoin de repos.
Des cellules sont créées pendant que d'autres s'auto-détruisent, la digestion se fait,
la mémorisation des données/apprentissages, la circulation des liquides etc, tous les systèmes du corps peuvent avoir un temps pour faire ce qu'ils savent faire : vivre.
A l'échelle d'un milieu écologique, les interactions entre différentes espèces et éléments s'adapte selon la saison, chacune permettant un rythme et une utilité propice à l'évolution de chaque membre du milieu. L'automne permet la chute des feuilles qui vont être décomposées par les champignons et bactéries et ainsi nourrir (en azote)
le sol ce qui va favoriser la pousse des graines au printemps. Tout est cyclique.
Et l'hiver alors ?
Qu'en est-il de cette jachère ? De ce temps de pause ? De cet espace libre entre deux activités ? De ce changement de rythme ?
Son utilité est toute aussi précieuse.
Pourtant socialement décriée : la déprime hivernale, le manque d'énergie...
Si nous vivions dans une société où le repos était accepté voire valorisé, je me raconte que la trêve hivernale serait bienvenue, à l'image d'autres mammifères nous hibernerions. Nous respecterions ce temps biologiquement nécessaire - et par extension nous réduirions ainsi l'impact que nos activités humaines frénétiques sur notre environnement.
Mais pour l'heure, le choix est parfois difficile puisque les réalités systémiques nous rattrapent : peu d'entre nous peuvent s'arrêter de travailler plusieurs mois durant pour se reposer...
Comment faire alors pour exister en jachère au milieu d'une organisation temporelle linéaire ?
J'encourage souvent à vivre à contre-courant.
Mais à contre-courant du système seulement, avec le courant de la vie plutôt.
Nous sommes 'nature', nous sommes autant l'été brûlant que l'hiver ralenti.
Nous avons besoin de ces espaces de jachère.
Peut-être une seconde, de contemplation, de respiration.
Peut-être un coucher plus tôt, des temps d'écran réduits pour faciliter l'endormissement.
Peut-être une célébration du silence, avec la curiosité d'explorer ce que ça nous fait (dans nos sensations, pensées, émotions) de se poser ?
Puissions-nous nous l'autoriser, ne serait-ce qu'un instant ?
Humanité. Humilité. Humus.
Hivernalement,
Elisa




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